Éditoriaux 2003


Décembre 2003


Cher(ère)s lecteur(trice)s, bienfaiteur(trice)s,
Le temps des fêtes est une période de rencontre et de fraternisation. Je sais que nous sommes occupés par le travail, le magasinage, les réceptions. Avant d'arriver à Noël nous sommes fatigués, mais nous devons quand même essayer de profiter pleinement de nos rencontres. Me permettez-vous de vous dire: n'oubliez pas Jésus!
Je vous invite donc à participer à la messe de Noël. Ce sera un moment privilégié pour vous et les vôtres. Jésus vous attend. C'est triste de fêter Noël sans une visite à l'église, à la crèche... Pourquoi, à cette occasion, ne pas faire une courte prière en pensant à tous ceux et celles qui ne peuvent fêter librement comme nous? N'oubliez pas que nous sommes privilégiés.
Dieu se manifeste encore aujourd'hui. Est-ce que je suis capable de découvrir sa présence? Il passe, Il agit, Il s'exprime à travers toutes les personnes de bonne volonté, les personnes qui aiment, qui construisent la paix, la fraternité, le dialogue. Noël est une manifestation spéciale de Dieu en Jésus.
Nous revenons du Guatemala avec un groupe de 14 personnes. Nous continuons notre mission auprès des petits enfants du Centre de Nutrition dirigé parles religieuses capucines. Elles sont toujours aussi généreuses, dévouées. Elle ont besoin de notre soutien de notre encouragement.
Nous avons aussi notre beau projet de parrainage. Nous avons été chaleureusement accueillis par nos enfants dans les écoles. Ils apprécient énormément l'aide que nous leur apportons. Un enfant qui apprend à lire et à écrire sera un adulte de moins dans la misère. Moi, j'y crois! Pourquoi ne pas parrainer le vôtre! Actuellement, 380 enfants sont parrainés, nous voulons atteindre le nombre de 500 d'ici peu. C'est valorisant, il faut continuer.
Je suis allé plusieurs fois au Vietnam, j'ai une affection toute particulière pour ce peuple qui a souffert de la guerre et de la persécution. Nous avons développé ces dernières années plusieurs projets qui ont porté des fruits (construction d'écoles, bateaux-bus, forage de puits, aide aux religieuses, aux séminaristes, etc. En 2004, nous vous proposons un projet d'alphabétisation de la population d'un petit village sur le fleuve Rouge. Comme ces gens vivent constamment sur l'eau, nous devons leur construire et aménager une "école-flottante" pour suivre les déplacements des familles. Tous les enfants, même les parents, fréquenteront cette école et une religieuse leur enseignera à lire et à écrire. On a besoin de votre soutien. Ce sont des familles catholiques très pauvres.
Noël est la fête des petits et des grands. Noël est la fête du partage; plus je donne, plus je reçois. N'oubliez pas celui que nous fêtons; JÉSUS. Je vous souhaite de le rencontrer, il est là un peu partout.
JOYEUX NOËL, SAINTE ANNÉE 2004


Père Armand Gagné,
trinitaire


Septembre 2003


Cher(ère)s lecteur(trice)s, bienfaiteur(trice)s,

Les vacances sont terminées, c'est le retour aux occupations habituelles, travail, école, etc. J'espère que ces quelques semaines vous ont permis de récupérer, faire le plein d'énergie morale et physique pour les prochains mois à venir. Je vous souhaite une bonne rentrée.
Nous nous préparons à vivre une autre expérience unique: celle d'un voyage au Guatemala. Nous sommes quatorze personnes prêtes à vivre proche des pauvres et à voir de près le travail accompli par les religieuses, les directeurs d'école, les professeurs, surtout voir le travail de nos enfants en classe, le progrès que font nos petits malades au Centre de nutrition et aussi de constater la reconnaissance des familles pour l'aide que nous leur apportons. Cette expérience n'est pas nouvelle puisqu'elle se renouvelle depuis plus de 25 ans, chaque fois avec des personnes différentes. Le but de ces voyages mi-tourisme et mi-expérience missionnaire est de vivre plus près des gens. Cela permet à nos voyageurs de rencontrer dans leur milieu de vie ces gens tellement sympathiques, affables, intelligents, aux yeux brillants remplis de vie malgré leur pauvreté, avec un désir extraordinaire de vivre. C'est également une occasion unique de visiter ce pays de l'éternel printemps avec sa végétation luxuriante, ses arbres fruitiers, ses nombreux volcans, etc.
Avec mon expérience de missionnaire je trouve essentiel que les enfants s'instruisent. Si les enfants ne fréquentent pas l'école régulièrement, ils ne pourront prendre leur place dans la société, encore moins travailler à la changer. On peut faire beaucoup de travail comme missionnaire mais un jour on part et ce sont eux qui doivent se prendre en main; donc, nous devons leur laisser une bonne éducation en héritage. C'est pourquoi, nous avons décidé de travailler fort à concrétiser des projets afin d’envoyer le plus grand nombre possible d'enfants à l'école. Je vous dis que ce n'est pas facile car il faut commencer par éduquer les parents eux-mêmes, ils pensent que leurs enfants pourront se débrouiller comme eux dans la vie ... ce qui est faux car sans instruction c'est la misère qui continue avec son lot de souffrances. Dans ce projet, c'est toute la famille qui est impliquée. En effet, les religieuses, les responsables du suivi médical des enfants parlent aux parents d'hygiène, de nourriture substantielle, de vitamines, de remèdes, d'eau potable qui sont fournis gratuitement aux familles, en plus de les sensibiliser à l'importance de fréquenter assidûment l'école. Vous savez que les parents, lorsqu'ils ont besoin de main-d'oeuvre, retirent les enfants de l'école. Le suivi sur leur assiduité en classe est très important.
Je suis toujours heureux de mon travail, comme aumônier à l'Hôpital Général de Verdun, à temps partiel. Le temps qui me reste, je le consacre à la Fondation. J'en remercie le Seigneur.
Je vous bénis et je vous porte dans mes prières.


Père Armand Gagné,
trinitaire
La voix de Jésus Nazaréen, automne 2003


Juin 2003

Cher(ère)s lecteur(trice)s, bienfaiteur(trice)s,

Nos relations avec l'Islam:
Dernièrement, on a parlé d'une demande de nos frères musulmans pour obtenir un lieu de culte dans nos universités. J'ai parcouru le monde pendant huit ans pour constater, sur place, le manque de liberté religieuse. En effet, dans plusieurs pays où les chrétiens sont minoritaires, ils y sont, en général, peu respectés. Nous ici, par respect pour les autres, et avec une tolérance à sens unique, nous sommes en train de tout faire disparaître: notre patrimoine, notre culture et ainsi faire disparaître nos différences.
Je voudrais attirer l'attention des musulmans d'ici sur le fait que dans les pays à majorité musulmane, les chrétiens sont considérés comme des citoyens de seconde classe. En Arabie Saoudite, malgré la présence de plus de 800 000 étrangers, dont 100 000 occidentaux qui y travaillent, il leur est défendu de manifester leur foi. Il leur est défendu de construire une église catholique ou des chapelles protestantes. Au Caire, en Egypte, il est même impossible de réparer une église, encore moins d'en construire une nouvelle. Au Nigéria, la vie des chrétiens est très difficile surtout dans les provinces du nord où ils ont établi la Charla. Au Soudan, c'est la persécution ouverte contre les chrétiens... et je pourrais en nommer bien d'autres!
J'aimerais que ces étrangers que nous accueillons, nous respectent plus. La population du Canada compte 83% de chrétiens. Sous l'égide de la tolérance, on abandonne tout; on change le nom des villages, des rues (portant le nom d'un saint), on enlève les symboles religieux de nos écoles. Amis musulmans, je voudrais que vous appréciez davantage ce que vous avez chez nous, que vous vous adaptiez à nos coutumes et profitiez de la grande liberté que vous n'avez pas dans vos pays. Chez vous, on oblige les enfants chrétiens à apprendre l'arabe et le Coran par coeur et il est impossible de contester. Ici, la religion et l'État sont séparés, mais pour vous musulmans, l'Islam est omniprésente dans la religion, la société et la politique.

Parlons de prière
Souvent, quand on parle de la prière, on a l'impression que ce n'est pas une solution à nos problèmes, c'est trop simple ... Pourtant dans l'Évangile, Jésus déclare: "Demandez et vous recevrez... frappez et l'on vous ouvrira..." La prière a d'abord pour but de nous permettre de vivre les événements qui nous dépassent avec sérénité, d'éclairer nos décisions. Nos demandes ne doivent pas avoir pour but de mettre Dieu à notre service, de changer l'ordre des choses, mais de nous transformer, de nous donner le courage d'accepter les épreuves. Avec l'influence du Père, nous recevons "la force de changer les choses que nous pouvons changer, et d'accepter avec courage les choses que nous ne pouvons pas changer." Je vous demande de prier pour nos frères et soeurs qui souffrent pour Jésus et pour que la paix revienne dans notre monde tourmenté.
Je vous souhaite bonnes vacances et je vous bénis.


Père Armand Gagné,
trinitaire
La voix de Jésus Nazaréen, juin 2003



Mars 2003


Cher(ère)s lecteur(trice)s, bienfaiteur(trice)s,
Actuellement nous vivons comme jamais dans un climat de grande peur. Nous avons peur de tout: peur de la guerre, peur de la violence, peur de la maladie, peur de notre avenir, peur pour nos jeunes, peur ... Qu'est-ce qui arrive? Où est notre foi, notre confiance en Jésus qui est venu nous apporter la tranquillité, la paix, la joie? Quel est notre témoignage de confiance dans le Seigneur? Suis-je témoin de Jésus?
Nous vivons dans un monde ou les enfants sont exploités. Qu'est-ce que l'on fait à ces enfants sans défense? Est-ce que vous savez qu'il y a des centaines de millions d'enfants qui ne vont pas à l'école? Est-ce que vous savez qu'il y a des millions d'enfants qui doivent travailler pour aider leurs parents à survivre et qui de ce fait, n'ont pas d'enfance?
Je vous invite à réfléchir sur ces deux situations. Je ne vous donne pas de réponses mais je veux vous demander de prier l'Esprit-Saint pour qu'il vous éclaire. Comme chrétiens, nous avons des responsabilités, nous devons d'abord nous ouvrir au monde, nous devons nous intéresser à faire disparaître le mal principalement la PEUR car elle nous enlève l'audace et nous empêche de faire le bien.
Nous continuons à soutenir nos amis du Guatemala. Nous sommes près d'eux par nos conversations téléphoniques, par nos nombreuses visites. C'est un pays ou s'instaure la démocratie, c'est difficile et c'est normal. Nous travaillons aussi à envoyer le plus grand nombre d'enfants à l'école et à aider leur famille par le truchement du programme de parrainage. Un enfant qui ne va pas à l'école en 2003 est un futur pauvre, un futur misérable qui aura de la difficulté dans la vie. Nous parrainons actuellement 250 enfants et nous en avons encore 150 à parrainer. Aidez-nous?
Au sujet de nos frères persécutés, il y a une petite ouverture en Chine. En effet, à la mi-janvier un groupe de représentants de l'Église patriotique de Chine est venu rencontrer un représentant des évêques du Canada. C'est Mgr Gervais qui avait été mandaté. Le but de cette rencontre était de savoir comment fonctionnaient les relations Église-État. C'est certainement un signe d'ouverture, de bonne foi. Il y a aussi une ouverture entre les musulmans et les catholiques. En effet, au Qatar, pays voisin de l'Arabie Saoudite, les autorités ont permis la construction d'une église catholique. En Russie, les catholiques vivent une grande tristesse; en effet, les autorités ont refusé le renouvellement des visas de quatre prêtres et d'un évêque. Par contre, le Patriarche Alexis de Moscou a fait parvenir des voeux au Pape à l'occasion de NOËL. C'est un petit geste positif...
La prière est importante car elle nous permet d'être à l'écoute du Seigneur pour ensuite poser des gestes concrets. Je vous demande donc de prier à toutes ces intentions. Ouvrez votre coeur à Jésus, n'ayez pas peur, par sa résurrection il a vaincu le mal, la peur.
Joyeuses Pâques, je vous bénis.


Père Armand Gagné,
trinitaire
La voix de Jésus Nazaréen, mars 2003





Nouvelles 2003


Décembre 2003


La liberté religieuse en Chine qu'en est-il vraiment?

Voici l'adaptation d'un texte paru en octobre 2003 dans la revue "Missions Étrangères". Nous estimons que cet article illustre bien le degré, d'oppression que subit toujours la religion catholique en Chine, même en 2004.
Après les sombres années de la révolution culturelle (1966-1976), au cours desquelles toutes les religions en Chine furent persécutées, une certaine politique de liberté religieuse fut restaurée à partir de 1978.
En effet en 1978, les dirigeants chinois reconnaissaient qu'il était inutile d'essayer d'enrayer la religion par la force et adoptaient une politique de liberté religieuse. Selon eux, la religion disparaîtrait d'elle-même, l'objectif de cette politique étant de laisser la religion "mourir de sa mort naturelle ".
Actuellement, la Chine connaît une certaine liberté religieuse encore étroitement contrôlée. Pour l'autorité chinoise, toutes les religions ne sont pas seulement des superstitions, mais sont vues comme des ennemies otentielles. Il faut donc les surveiller. Dès 1957, l'Association patriotique catholique était créée pour assurer la collaboration et les bonnes relations entre le gouvernement et l'Église catholique, afin d'exercer un contrôle sur cette dernière.
Impacts sur l'Église
Malgré toutes les ambiguïtés de cette politique-de liberté religieuse, il faut reconnaître que les espaces de liberté qu'elle ouvrait de nouveau, si minimes étaient-ils, ont redonné un souffle de vie incomparable à la foi et aux communautés chrétiennes en Chine. Si bien que l'Église catholique en Chine aujourd'hui est bien vivante, avec une augmentation impressionnante, dans les vingt dernières années, non seulement du nombre de croyants, mais aussi des vocations religieuses et sacerdotales.
Y a-t-il encore des persécutions religieuses en Chine?
L'Église officielle n'est pas persécutée, mais tout simplement contrôlée. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de l'Église clandestine qui est vue comme une menace réelle à l'autorité du Parti communiste. Des mesures sont prises pour effacer toutes traces de cette Église clandestine : arrêter ses dirigeants et ses membres, et détruire systématiquement ses lieux de culte et de rassemblement. Il est donc juste de parler de l'Église clandestine en Chine comme d'une Église persécutée.
Depuis 1996, toutes les organisations religieuses et tous les endroits de culte ou d'activités religieuses doivent être enregistrés au Bureau des Affaires religieuses conformément à la loi. Le gouvernement ne cache aucunement que le but de cette campagne d'enregistrement obligatoire est le renforcement du contrôle légal des activités religieuses et des endroits où elles se déroulent. Une fois ces démarches faites, toute activité religieuse peut jouir de la protection légale de l'État... mais à quel prix!
Attention à l'infiltration étrangère!
Une autre des craintes réelles des autorités chinoises " l'infiltration religieuse étrangère ". La loi chinoise stipule que " toute affaire et organisation religieuse en chine ne doit être soumise à aucune domination étrangère. ". La loi défend aux étrangers de participer à quelque travail missionnaire que ce soit. La Chine est aussi tout à fait consciente que bon nombre de missionnaires étrangers sont actuellement présents en Chine comme étudiants, ou y travaillent déjà comme professeurs, chercheurs ou hommes d'affaires, et, pour cette raison, elle garde un oeil ouvert et vigilant.
Un vide spirituel évident
Les dirigeants se rendent bien compte qu'un bon nombre de jeunes ont perdu foi dans le Parti communiste et le marxisme, et sont profondément insatisfaits de la situation actuelle de la société chinoise. Au moment où le pays avait décidé de s'aligner sur l'économie de marché, le nouveau dieu qui avait alors été proposé aux Chinois avait été la prospérité matérielle. " Devenir riche est glorieux ", avait lancé Deng Xiaoping. Et de fait, tout le monde s'était rué vers cette nouvelle religion, avec tout ce qu'accompagne: corruption, trafic d'influences et dégradation rapide des valeurs morales traditionnelles de la Chine. Plusieurs sont aussi devenus désillusionnés et même dégoûtés par un évident vide spirituel : Où allons-nous? Quel est le sens de la vie? Que poursuivons-nous comme nation? Où est le bonheur réel?
Or, une bonne partie de la génération des 20-30 ans, souvent plus près de la classe intellectuelle, se sent envahie par ce vide spirituel et vit un profond sentiment d'insécurité. Les jeunes cherchent alors, dans d'autres idéologies, des réponses à leurs questions et bon nombre se tournent vers la religion. Mais, dans cette quête spirituelle, ils se retrouvent trop souvent confrontés aux limites et aux contrôles imposés par l'État, et ils en éprouvent de nouveau une profonde frustration. Plusieurs estiment que les religions officiellement reconnues en Chine sont contrôlées de trop près par le régime. Ils veulent plus de liberté. À l'opposé, le message délivré par les autorités, de Beijing est aussi très clair: ils n'accepteront les religions que si elles sont soumises au régime.
Le problème épineux des relations avec Rome
Un autre problème auquel fait face l'Église de Chine est sa situation irrégulière avec l'Église de Rome. Or la normalisation tant attendue des relations diplomatiques entre la République Populaire de Chine et le Vatican ne semble pas pour demain. Pour l'instant, rien ne vous permet d'être trop optimistes à ce sujet. Il est évident que ce sont les gens de l'Association patriotique qui ont tout à perdre d'une normalisation de ces relations. Par conséquent, ils font du bruit et "mettent des bâtons dans les roues", espérant ainsi redorer leur blason et retrouver l'influence qu'ils ont perdue au cours des dernières années. Mais tout ceci ne fait naturellement que retarder la véritable solution des problèmes de l'Église de Chine.
Somme toute, l'Église de Chine est toujours muselée, et la liberté religieuse n'y est ne fait que bien limitée.

La Voix Jésus-Nazaréen, décembre 2003


Septembre 2003


Libéria
République fondée sur la côte de Guinée en 1822 par les Noirs affranchis des États-Unis. Ce petit pays est présentement ravagé par une guerre civile d'une violence inhumaine.

Nous tentons de vous informer de situations pénibles qui ne vous sont pas toujours relatées dans les médias.

Des appuis pouvant venir de l'extérieur D'où viennent les appuis aux factions qui s'affrontent au Libéria? D'après un rapport récent de l'International Crisis Group (ICG), le LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie), le principal mouvement de guérilla libérien, reçoit une aide de la Guinée. Le mouvement libérien a en effet sa principale base arrière dans la ville guinéenne de Macenta, et le leadership du LURD se trouve à Conakry, la capitale de la Guinée. D'après l'ICG, la Guinée fournit des armes, ou du moins favorise le transit des chargements militaires destinés au mouvement rebelle libérien. Les autorités de Guinée permettent aussi que le LURD recrute de force des réfugiés libériens accueillis dans les camps guinéens.
D'autres observateurs soutiennent qu'une des raisons de l'appui de Conakry au LURD est due au fait que la Guinée est utilisée indirectement par Washington pour déstabiliser l e gouvernement du président libérien Charles Taylor. La Guinée reçoit en effet une aide militaire de Washington, dont une partie pourrait être transférée aux rebelles libériens.
Le LURD a d'ailleurs aussi des liens directs avec les États-Unis. Ce mouvement reçoit en effet le soutien financier de la diaspora libérienne qui vit aux États-Unis.

La tragédie du stade de Monrovia
Une fois encore, l'Agence internationale Fides, tire le signal d'alarme pour la situation au Libéria. Les combats se poursuivent à Monrovia, la capitale. « Les tirs de mortier tuent au moins 8 à 10 personnes par jour» dit à l'Agence Fides le P. Mauro Armanini, provincial de la Société des missions africaines (SMA). «Ce sont surtout des civils qui trouvent la mort, le plus souvent dans le quartier des ambassades où ils cherchent désespérément refuge». La situation humanitaire est devenue insoutenable.
«Une tragédie aux proportions inouïes se déroule dans le stade de Monrovia» dit Soeur Maria. «Dans le complexe sportif i l y a de 40 à 50.000 personnes réfugiées sous un soleil de plomb, sans eau et sans nourriture. Il y meurt au moins 10 enfants par jour, de faim, de soif et de maladie».
«Le kilo de riz, qui coûtait auparavant 5 dollars libériens, coûte aujourd'hui 100 dollars; les gens sont obligés de voler pour manger», dit le P. Mauro. «Des maladies comme le choléra se répandent parce que l'eau est infectée», lui fait écho Soeur Maria. «L'aqueduc ne fonctionne plus et les rares puits existants sont pollués.
«Les rebelles commettent des violences indescriptibles, surtout sur les femmes. On nous a parlé de mutilations et de violences sexuelles» dit Soeur Maria. «Les Libériens se sentent spoliés de leur dignité par cette guerre absurde».
«Nous ne croyons plus aux promesses de la communauté internationale - dit le P. Mauro - du moins tant qu'il n'y aura pas une intervention concrète».

Attaque d'une mission
Le 25 juillet 2003, la mission des Franciscaines missionnaires de Marie de Monrovia, la capitale, a été attaquée et saccagée et les trois religieuses ont trouvé refuge à l'hôpital où elles prêtent service, annonce l'Agence internationale Fides.
« Nous sommes préoccupés pour nos consoeurs et pour la souffrance que cette situation dramatique cause à toute la population du Libéria. Nos consoeurs sont en bonne santé et continueront leur fonction pastorale et sociale dans la mission de Monrovia en s'occupant des malades et des pauvres. Aujourd'hui nous pouvons seulement prier intensément et espérer que, grâce à la bonne volonté de tous, on trouve vite une solution qui mette fin à la souffrance des civils.» «L'hôpital manque d'eau, de lumière, de nourriture, et surtout de médicaments: nous sommes obligés de faire sortir les personnes les moins atteintes pour faire face à cette situation extrême».
«Parmi les 80 médecins du Libéria, en effet, seulement 26 travaillent actuellement et dans des conditions extrêmes, les autres ne pouvant se déplacer à cause des combats.
«Monrovia, habituée à une population de 350.000 habitants, se trouve en condition de surpopulation et les services, déjà insuffisants, ne sont pas en mesure de subvenir à toutes les nécessités. Des écoles, des églises et des magasins ont été occupés par des exilés complètement démunis: les enfants arrivent à l'hôpital avec de graves problèmes de malnutrition, d'anémie, de pneumonie, de malaria et on est souvent obligé de les mettre à trois dans un lit, faute de place».

Appel de la Caritas à l'Union européenne
La Caritas lance un appel à l'Union européenne pour une intervention immédiate de la communauté internationale au Libéria. L'instabilité politique et la guerre sont en train de provoquer au Libéria une urgence humanitaire qui s'aggrave de jour en jour. C'est pour cette raison que la Caritas d'Italie a adressé un appel à la commission européenne et aux Nations Unies pour une intervention diplomatique en faveur de ce pays.
L'organisme humanitaire catholique demande l'intervention rapide d'une force d'interposition internationale et l'imposition d'un cessez-le-feu immédiat et définitif de façon à permettre de secourir la population.
La Caritas souligne en outre la nécessité d'une intervention humanitaire à grande échelle pour faire parvenir nourriture et médicaments à la population épuisée.
L'organisme prône en même temps la reprise des pourparlers de paix et la recherche d'une solution stable et durable de la crise. En dépit des violences et des saccages, la Caritas poursuit cependant son action sur le terrain, aux côtés de la population, distribuant des biens de première nécessité.
Mais l'insécurité et l'instabilité croissantes rendent ses interventions très difficiles.

La Voix Jésus-Nazaréen, automne 2003



Juin 2003


Déclaration conjointe de tous les évêques d'Iraq pour la défense

Une déclaration exceptionnelle de tous les évêques d'Iraq, Chaldéens, Assyriens, Syriens, Arméniens, Grecs et Latins a été également très exceptionnellement publiée par la salle de presse du Saint-Siège qui n'a en effet pas l'habitude de publier les déclarations des Églises locales, ni les déclarations des Églises non catholiques.
Cette déclaration, en français, insiste sur le respect des droits de l'homme et de la liberté religieuse tout particulièrement, et demande l'insertion de quatre garanties dans la nouvelle constitution irakienne.
"Lorsque Hammourabi a gravé son code sur la pierre de cette terre, le droit est devenu la base du développement de la civilisation, rappellent les évêques. Lorsque Abraham a regardé le ciel de Our, ce dernier s'est ouvert à lui et en raison de cette révélation Abraham devint le père d'une multitude de peuples. Lorsque le christianisme et l'islam se rencontrèrent, leurs «saints» respectifs initièrent les deux religions à une coexistence respectueuse et réciproque". "Aussi, en vertu de notre droit originaire d'appartenir aux peuples les plus anciens de cette terre, nous revendiquons pour nous et pour tous ceux qui aujourd'hui l'habitent, qu'ils soient majoritaires ou minoritaires, unis par une longue histoire de coexistence, la raison plénière de vivre dans un État de droit, dans la paix, la liberté, la justice, l'égalité, selon la charte des Droits de l'homme", déclarent les évêques.
"Chaldéens, Assyriens, Syriens, Arméniens, Grecs et Latins, "formant tous ensemble une seule communauté chrétienne", demandent ensemble que la nouvelle Constitution iraquienne contiennent les quatre garanties suivantes:
1 -"reconnaisse nos droits religieux, culturels, sociaux et politiques;
2 -"prévoie un statut légal dans lequel chaque personne sera considérée selon ses capacités, sans discrimination, pour que chacun ait le droit de participer activement au gouvernement et au service de ce pays;
3 -"considère les chrétiens comme citoyens iraquiens à part entière;
4 - "garantisse le droit de professer notre foi selon nos traditions antiques et notre droit religieux, le droit d'éduquer nos enfants selon des principes chrétiens, le droit de nous organiser librement, de construire nos lieux de culture, nos espaces culturels et sociaux selon nos besoins".
Enfin les évêques font appel avant tout, "au peuple iraquien-riche dans ses ethnies et dans ses religions", puis aux "forces politiques et religieuses", ainsi qu'à "tous ceux qui ont à coeur le bien du pays, donc aux leaders de la communauté internationale".

Iraq: "Oui, à la liberté religieuse; non, à l'état théocratique"
«Alors que les moyens d'information ont décrit la manifestation des chiites à Karbala comme un symbole de victoire, de démocratie et de liberté, nous, chrétiens iraquiens, sommes préoccupés pour l'avenir de la liberté religieuse dans notre pays », déclare le père Nizar Seeman, prêtre syriaque du diocèse de Ninive. Il ajoute : « Les journalistes qui transmettaient en direct la manifestation n'avaient pas la pleine conscience de la réalité, et de ce que signifie une manifestation de ce genre nous, chrétiens d'Iraq, nous regardons avec appréhension ce qui se passe. Non parce que nous sommes contre la liberté religieuse et contre la liberté de culte, que nous voulons voir figurer comme fondement du nouvel Iraq, mais parce que nous connaissons bien la mentalité et la culture des chiites, et le but de ce type de manifestation religieuse : construire un Iraq théocratique fondé sur la loi islamique... « Le risque est d'être contraints de choisir entre continuer à vivre en Iraq, réduits à être des citoyens de catégorie B, privés de droits, ou quitter la terre de nos pères. Je regrette que la manifestation des chiites ait été retransmise en même temps que la célébration pascale des chrétiens d'Iraq, sans montrer les deux réalités différentes alors que les chrétiens priaient pour la paix et pour la vraie liberté la vraie démocratie, nos frères chiites lançaient des slogans en faveur d'un État islamique (qui ne respecte aucune autre religion) et d'une nouvelle guerre. Je souhaite que le monde civilisé s'aperçoive rapidement de ce danger et continue à travailler pour former un Iraq laïc et démocratique, qui respecte toutes les minorités ».

La Voix Jésus-Nazaréen, juin 2003



Mars 2003


L'Église Orthodoxe Russe en Belgique

Début d'un certain rapprochement
La reine des belges, Paola, s'est rendue le 19 janvier dernier en visite à la Représentation de l'église orthodoxe russe auprès des Institutions européennes, à Bruxelles. Cette visite est en effet une première. Elle a été l'occasion pour l'évêque Hilarion de l'Église orthodoxe russe de remercier la Belgique pour l'accueil réservé aux exilés russes.
La reine, d'origine italienne est catholique, et l'Église catholique tient une place spéciale dans la constitution du Royaume de Belgique. Au cours de son discours, l'évêque Hilarion a salué les représentants catholiques présents à cette inauguration.
Étaient également présents les ambassadeurs et représentants de la Fédération de Russie, de la République d'Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie.

L'évêque Hilarion adresse un important discours
La reine Paola a été accueillie à l'entrée de l'église par l'évêque Hilarion de Podolsk. L'évêque Hilarion a ensuite présidé la célébration et a adressé un important discours de bienvenue à la reine.
"Pour la première fois dans l'histoire de l'orthodoxie russe en Belgique, disait l'évêque, Sa Majesté la reine visite une paroisse du Patriarcat de Moscou. La Représentation de l'Église russe désire que notre Église, si mystérieuse et si lointaine aux yeux de beaucoup d'européens, leur devienne plus proche et plus accessible. Nous sommes heureux que Bruxelles, capitale de votre royaume si hospitalier ait été choisi comme le siège de notre Représentation".
"Votre visite a une grande importance pour nous tous. Conformément à l'antique tradition orthodoxe, votre nom, de même que celui de votre époux, le roi Albert, est mentionné à chaque liturgie dans cette église, rappelait l'évêque. Ce n'est pas seulement notre devoir de chrétien, mais également le désir de notre cour. Certains de nos paroissiens sont nés et ont vécu en Belgique; pour d'autres, votre pays est devenu une seconde patrie: contraints de quitter leur pays d'origine, ils ont trouvé accueil ici. La communauté orthodoxe russe est très reconnaissante à la Maison royale, au gouvernement et au peuple de Belgique".

N'oublions pas les martyrs!
Il rappelait ensuite, en évoquant les 70 ans de persécution communiste: "L'Église russe est une Église de martyrs. Pendant soixante-dix ans elle a été persécutée par des autorités athées. Ces persécutions commencèrent dès la révolution de 1917. Dans les années 20 et 30, la plus grande partie de l'épiscopat et du clergé, un grand nombre de moines et de laïcs - des dizaines de milliers de personnes - furent fusillés et emprisonnés, tous les monastères et les écoles théologiques furent fermés, la majorité des églises fut détruite ou réorganisée pour d'autres buts. L'État s'est donné l'objectif de déraciner définitivement toute conception religieuse parmi les citoyens, et de transformer l'Union Soviétique en un véritable pays athée, dont le dernier pape serait exhibé dans un musée.
"Mais Dieu ne se laisse pas mépriser (Gal. 6, 7), et les projets athées n'ont pas abouti. Malgré des années de persécutions, la foi du peuple ne s'est pas éteinte. Dès que les chaînes de l'athéisme militant sont tombées, les hommes sont revenus à la foi de leurs pères. Dans les années 90 ce retour massif a pris des dimensions sans précédent".

Renouveau de l'Église russe
L'évêque insistait sur le "renouveau" de l'Église russe: "Partout l'on observe la renaissance de la vie ecclésiale, la reconstruction des églises, des monastères, des écoles théologiques. Mais le plus important, c'est la renaissance des âmes humaines, mutilées par le régime athée".
"Nous croyons que le rétablissement de notre Église est soutenu par la prière des milliers de martyrs et confesseurs qui ont donné leur vie pour le Christ au cours du XXe siècle. Des églises sont aujourd'hui érigées sur le lieu de leur martyr. J'ai eu l'émotion de célébrer dans une de ces églises du nord de Moscou, construite à l'endroit où furent fusillés de nombreux chrétiens. Il est difficile de mettre des mots sur ce que l'on éprouve en pensant à ces 120 mille innocents exécutés, parmi lesquels se trouvaient des évêques, des prêtres, des moines, des moniales et des laïcs, fusillés pour la seule raison qu'ils appartenaient à l'Église et croyaient en Dieu. À cet endroit, en particulier, le métropolite Séraphin avaient trouvé la mort, âgé de 82 ans, paralysé et porté au supplice sur son grabat. Les ossements de ces martyrs sont toujours là, sous une petite couche de terre. De telles fosses communes couvrent toute la terre russe", continuait l'évêque Hilarion.

Chrétiens orthodoxes en exile
Il évoquait aussi l'exil: "Les chrétiens orthodoxes qui réussirent à échapper à la mort et à quitter leur patrie, fondèrent des communautés orthodoxes à l'étranger et en particulier dans les pays d'Europe occidentale. Cependant, la première église orthodoxe de Bruxelles fut fondée en 1862: cette chapelle auprès de l'ambassade de Russie a inauguré la présence orthodoxe en Belgique. En 1937, par le décret royal, l'archevêque russe reçut le titre d'archevêque de Bruxelles et de Belgique. Ainsi, l'orthodoxie russe en Belgique a plus de 140 ans".

Reconnaissance
L'évêque remerciait la reine Paola en lui remettant une icône du Christ Sauveur peinte par une jeune iconographe de Moscou. "Que cette icône vous rappelle notre église et notre communauté. Et que notre Seigneur Jésus Christ vous garde sur votre chemin, qu'il soutienne et bénisse votre époux, le roi Albert, toute la Maison royale, le gouvernement et le peuple de Belgique", concluait l'évêque.

La Voix Jésus-Nazaréen, mars 2003